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09/01/2010 - Christine Boutin - Discours de clôture du Conseil National du PCD 
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Christine Boutin - Conseil National du PCD
par parti_chretien_democrate

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(seul le pronnoncé fait foi)

Mes chers amis,

Tout d’abord, je vous présente tous mes vœux pour cette nouvelle année qui sera une année charnière à plus d’un titre.

Au milieu du quinquennat, l’année 2010 est déjà assez loin de la belle dynamique que fut la campagne présidentielle de 2007. Elle doit maintenant préparer la construction d’un nouvel élan et d’un nouveau projet pour la France. Vous le savez, depuis mon départ du Gouvernement, plusieurs chemins se sont ouverts à moi.

Le premier, c’est celui de la liberté fondée sur trente ans de vie politique. Ce n’est pas le moindre des cadeaux que j’entends bien utiliser et faire fructifier.

Ensuite, j’ai créé la Fondation Christine Boutin pour la Dignité Humaine. Elle sera abritée à la Fondation de France.

Enfin, le Président de la République m’a donné une mission ambitieuse et magnifique, en vue de lui faire des propositions concrètes pour une justice sociale dans la nouvelle gouvernance mondiale qui se profile.

Cette mission pour laquelle j’ai obtenu les moyens nécessaires, prendra possession de ses locaux, à la fin de la semaine prochaine, place Fontenoy.

Mais au-delà, vous m’avez confirmée l’an dernier, dans la Présidence du Parti Chrétien-Démocrate et c’est ma priorité.

Pour le PCD, 2010 sera aussi une année charnière. Avec ce nouveau nom, nous avons réussi la mutation de notre mouvement. En octobre dernier, vous le savez, nous avons passé le cap du 9000è adhérent. Ce n’est plus le mouvement de Christine Boutin. C’est le parti de ceux qui veulent faire vivre pour le 21è siècle les valeurs qui s’inspirent notamment de la pensée sociale chrétienne.

Nous voulons faire vivre ces valeurs en politique. Non pas à la façon d’un club qui réunit des colloques et en relit les actes le soir à la veillée. Non pas à la façon d’une association qui fait du lobbying pour telle ou telle idée. Mais en faisant de la politique.

C'est-à-dire en participant aux élections pour avoir des élus… et pour en avoir chaque fois davantage !

Le débat, que dis-je le combat avec l’UMP pour obtenir des places éligibles, quels que soient les résultats aux élections régionales est âpre. Bien sûr, nous reconnaissons que la stratégie de rassemblement du MPF à la Gauche Progressiste, a pour conséquence que les têtes de listes n’ont maintenant plus de place pour faire figurer les UMP pur sucre, en places acceptables. Ce sont les limites de l’exercice. Mais je ne vous referai pas l’historique de nos relations avec l’UMP. Le Parti Chrétien-Démocrate est parti fondateur de l’UMP. Par solidarité et esprit de responsabilité, nous n’avons pas présenté de candidats aux élections législatives de 2002 et 2007 pour ne pas affaiblir les candidats sortants, renonçant ainsi au financement public pour notre parti.

En 2004 nous n’avons pas eu de candidats retenus aux régionales.

Aux municipales, aucune tête de liste PCD n’a été accordée pour les communes dont l’élection était de nature plus politique et aux dernières européennes, nous n’avons pas été pris en compte. C’est la raison pour laquelle, pour cette élection 2010 aux régionales, nous n’accepterons pas d’être une fois de plus les laissés pour compte.

On pourrait penser que cette attitude n’est que la défense de quelques intérêts particuliers, il n’en n’est rien. Regardons de plus près la façon dont est pris en compte notre courant de pensée.

Nous sommes la seule composante de l’UMP à ne pas avoir de représentation au Gouvernement, ce qui a du reste provoqué un certain émoi dans notre électorat, mais si il s’y ajoutait la non prise en compte dans les élections régionales, d’hommes et de femmes portant nos idées, il y aurait là une preuve substantielle accréditant la thèse que nos adhérents sont acceptés pour faire le nombre ou pour militer. En d’autres termes, comment ne pas y voir une instrumentalisation de notre courant de pensée.

Alors je vous le dis tout net, jamais je ne l’accepterai.

Le Parti Chrétien-Démocrate est l’héritier de ceux qui ont su, au 19è siècle, faire sortir notre pays d’une crise industrielle et sociale sans précédent en créant les outils mutualistes dont découle toute notre protection sociale.

Comme si cela ne suffisait pas, nous sommes aussi les héritiers de ceux qui, au 20è siècle, ont su dépasser les décennies guerrières et les murs de haine pour rêver, imaginer et rendre possible une civilisation européenne en paix.

Nous sommes dans la majorité présidentielle, mais celle-ci ne serait plus majoritaire si elle ne cherchait plus à nous compter en son sein.

Nous sommes de la majorité présidentielle mais nous n’y serons plus si celle-ci se détourne trop longuement des valeurs qui ont donné ce formidable élan à la campagne de 2007.

Bien sûr, la majorité présidentielle doit être riche de ses composantes.

Lorsque j’entends Hervé Morin dire que le Nouveau Centre n’a pas vocation à s’aligner sur l’UMP… je suis heureuse de cette vitalité nouvelle…mais lorsque je l’entends poursuivre que son mouvement revendique l’adoption pour les couples homosexuels… j’en déduis que l’héritage des chrétiens démocrates doit être porté en d’autres lieux.

Lorsque je vois Philippe de Villiers clamer que son arrivée dans la majorité ne sera pas une façon de le museler… je me dis qu’il va devoir faire beaucoup de pédagogie auprès des siens, pour expliquer son revirement.

mais lorsque je constate son silence radio absolu sur l’affaire Mitterrand et que sa seule prise de parole depuis l’été, est pour dire tout le bien qu’il pense d’une présidence éventuelle de l’EPAD, par Jean Sarkozy… je me dis que certaines valeurs ne peuvent être portées que par le PCD.

Xavier Bertrand est venu à notre Conseil National en juin dernier, où il s’est engagé. Vous venez d’entendre son message qui nous appelle à la confiance.

J’ai vu le Président de la République le 24 novembre dernier : il m’a assuré que nos demandes seraient prises en compte car elles sont légitimes, équilibrées et assises localement.

J’ai revu Xavier Bertrand il y a quelques jours pour lister les cas difficiles et évoquer le blocage systématique dans les différents départements. Il m’a assuré que l’UMP tiendrait ses engagements et que nous ne serions pas les oubliés de la campagne de 2010.

A partir d’aujourd’hui les choses vont aller très vite. Dès lundi se réunit la Commission Nationale d’Investitures à laquelle nous siégeons avec Eric jusqu’au 29janvier.

Dès la première réunion, nous saurons si le signal est positif ou si la ligne jaune est franchie.

Entendons-nous bien, un parti politique a pour objectif d’avoir des élus qui portent ses idées. Nous devons donc avoir des élus.

Bien malin, aujourd’hui, celui qui pourrait dire combien de régions seront à droite ou à gauche le 21 mars prochain. Nous voulons donc 20 candidats sur les listes ; 20 candidats en situation d’être élus si nous gagnons des régions.

Mais nous voulons aussi être salués pour notre travail au quotidien, nous voulons avoir la preuve que nous appartenons clairement à cette majorité, et nous voulons donc avoir 10 candidats placés dans des positions où ils seront sûrs d’être élus même si nous ne remportons pas la région.

20 éligibles pour 10 élus minimum, certains penseront que c’est trop faible. Nous faisons cependant le choix de voir en face la complexité de la composition de ces listes. Nous savons que l’UMP a beaucoup d’alliés. Nos demandes sont donc ajustées avec réalisme.

Mes amis, si l’UMP ne sait pas reconnaître le talent et le mérite des hommes et femmes que nous rassemblons, nous stopperons notre soutien à ses listes, nous cesserons de considérer que notre place est dans cette majorité, nous cesserons de croire que la droite a choisi d’être décomplexée, nous cesserons de croire que l’héritage de 68 a vocation à être liquidé comme cela nous a été dit en 2007,

nous cesserons de croire que le souhait de laïcité positive était la porte ouverte à ceux qui ne limitent pas leur vision de l’homme à celle d’un consommateur ou d’un électeur.

Si tel était le cas, à mon grand regret, je conduirai une liste autonome dans la région des Pays de la Loire.

Tout est prêt, il suffit d’appuyer sur le bouton.

Notre programme National vous a été présenté tout à l’heure dans ses grands principes et je vous fais grâce de le décliner à nouveau.

Avant de conclure, je voudrais vous livrer mes réflexions sur l’état de la société française et du monde actuel.

Depuis des mois, je dirais même des années, je me pose la question comme beaucoup d’entre vous des raisons pour lesquelles nous voyons s’effriter, inéluctablement, les repères qui permettent à l’Homme de rester debout.

Nous sommes confrontés à une crise morale et spirituelle inouïe. Avoir le courage de regarder en face cet effondrement et d’en chercher les causes, telle est la question qui m’a très longtemps taraudée. Je voudrais donc vous soumettre la réponse qu’aujourd’hui je suis en mesure d’apporter.

Quitte à vous surprendre, pour moi, c’est le libéralisme économique et culturel qui est à la source de nos difficultés.

Je m’explique rapidement, peut être trop rapidement.

Le libéralisme économique est fondé sur la production et la plus value.

Il s’est agi de produire et produire encore pour accroître la richesse que l’on augmentait par la plus value. La production ne suffisant plus à accroître les richesses, la plus value non plus, le libéralisme a instrumentalisé un ressort profondément humain, qui est celui du désir et c’est ainsi qu’a été créée la société de consommation.

Notre besoin de consommation a d’abord été matériel (la machine à laver, le réfrigérateur) et est même devenu synonyme de progrès, d’avenir, de croissance.

Et puis, chacun étant équipé, ce désir matériel saturé, le désir a été instrumentalisé vers des désirs immatériels qui nous ont conduits à penser que la réponse à la question fondamentale « quel est le sens de ma vie ? » c’est la satisfaction de mon désir. Et celui du voisin m’importe peu. C’est la consommation globalisée, universelle.

La grande originalité du libéralisme et de privatiser toutes les sources de discorde, comme la morale, la religion, la philosophie. La doctrine libérale a trouvé ses appuis privilégiés dans le relativisme moral et culturel et le culte positiviste de la science et de la raison.

Mais comment établir que l’exercice d’une liberté particulière ne nuit pas à celle d’autrui, si je dois m’interdire de recourir à un quelconque jugement de valeur ? Lap ente naturelle du Droit libéral est de s’aligner automatiquement sur la nécessité des faits en écartant toute interrogation morale et philosophique sur cette soi disant nécessité. C’est le relativisme, c’est le libéral-libertaire. Un libéral est-il de droite ? Est-il de gauche ?

De droite pour l’économique ; de gauche pour le culturel et les deux sont intimement liés.

D’où la difficulté du Parti Socialiste à se restructurer !

Pour moi c’est tout à fait étrange. Comment se fait-il que le Parti socialiste n’arrive pas à se restructurer ? A droite avec l’UMP, cette grande formation républicaine de droite, nous nous sommes organisés pour répondre à la logique institutionnelle du quinquennat suivi des législatives. Comment se fait-il que la gauche, que le Parti Socialiste, n’y arrive pas ?

Nous aurons peut-être quelques réponses avec les films dont on nous parle sur Lionel Jospin et son livre confession. Mais en réalité je pense que le Parti Socialiste ne peut plus arriver à se restructurer parce qu’en réalité il est libéral. Quand vous voyez Monsieur Strauss-Kahn au FMI, comment voulez-vous que le PS puisse se retrouver une doctrine philosophique et politique ?

Avec le libéralisme économique de production, de surproduction, de consommation, de surconsommation, nous nous sommes engouffrés dans l’idée qu’ils étaient facteurs de progrès alors que, historiquement, le mot progrès appartenait à la gauche. Le progrès s’est donc rattaché au libéralisme économique et est devenu une valeur de droite. Le PS est donc complètement dépouillé. Je pense que cette réflexion, qui peut être va vous déstabiliser, il me semblait important de vous la partager.

Depuis des années, je me bats pour défendre un certain nombre de valeurs fondamentales qui font partie des valeurs qui permettent à tout homme d’être debout. Comment se fait-il que nous voyions petit à petit s’installer cet effritement de notre société ? Quand vous voyez encore hier le Portugal voter le mariage des homosexuels, comment est-ce possible que le Portugal ait pu faire cela ? Et bien la réponse que j’ai trouvée c’est celle que je viens de vous présenter.

J’ai peut-être la foi des nouveaux convertis par rapport à cette découverte, mais ce que je peux vous dire, depuis que j’ai cette réponse la par rapport à notre incapacité à réaffirmer ces valeurs générales à tout homme, et bien je vérifie dans tous les domaines que cette réponse fonctionne parfaitement bien. Et que sans doute c’est une des raisons pour lesquelles si aujourd’hui nous avons tous conscience, que l’on soit de droite ou de gauche, que nous sommes arrivés à un terme, à une limite de l’organisation mondiale c’est que nous avons à réfléchir à cette nouvelle organisation mondiale. Pour bien me faire comprendre et en quelques mots : nous avons tout à l’heure évoqué un sujet qui va être très important en 2010 au Parlement que sont les lois de bioéthique. En fait, sans nous en rendre compte, de façon générale, nous sommes passé du droit « de l’Homme », au droit « à l’Homme », du droit « de l’enfant » au droit « à l’enfant ».

Cette démonstration s’applique particulièrement bien aux sujets majeurs qui vont être discutés en 2010 au Parlement. Je veux parler des lois bioéthiques. Vous le savez tous, la tendance lourde aujourd’hui est dans ce domaine, de consacrer le droit à l’enfant et non plus le droit de l’enfant.

Cette démonstration rapide a pour objectif pour moi de vous encourager en 2010 à poursuivre cette réflexion. Pour combattre, il faut connaitre son adversaire et je vous le dis clairement, au niveau des idées, ce sont les verts libertaires qui sont nos opposants nets.

Nous avons donc une opportunité majeure au PCD, de réfléchir au monde que nous voulons construire demain.

Nous savons que nous sommes à un moment de mutation dans lequel le 21è siècle pourra devenir inhumain, donc barbare ou au contraire, affirmer la primauté de l’Homme et du plus fragile en priorité. C’est le défi qui est lancé au PCD.

Je remercie toutes les équipes, le Délégué général, le Directeur des études, les Secrétaires nationaux, et puisque nous venons de parler bioéthique, le travail remarquable animé par Sabine Faivre, les Présidents et délégués régionaux et départementaux et tous les adhérents du PCD pour leur engagement. C’est un engagement non pas de prise de possession de pouvoir, mais d’un service au service des plus fragile.

Je vous remercie.


flecheVoir la vidéo de l'intervention de Xavier Bertrand, Secrétaire général de l'UMP, lors de Conseil National du PCD le 9 janvier 2010