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20/06/2009 - Christine Boutin - Discours de clôture du Conseil National du PCD 
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(seul le prononcé fait foi)

Chers amis,

Jusqu’à maintenant en France, nous pouvions être :

* communiste et français,
* nouveau et du centre ;
* nouveau et anticapitaliste ;
* en mouvement et populaire ;
* en mouvement et démocrate ;
* en mouvement et pour la France…

Nous pouvons désormais être chrétien et démocrate !

Cette bonne nouvelle me semble profondément en phase avec ce qu’est la France.
Rappelez vous.
Pour certains, la France est la fille aînée de l’Eglise ;
Pour d’autres, elle est la mère des droits de l’Homme.

Je ne suis pas femme à opposer la fille et la mère. Je suis plutôt pour souligner ce qui rassemble. Je préfère toujours la médiation à la tension. Cette médiation, dans notre dénomination est représentée par le trait d’union qui fait le lien entre chrétien et démocrate.

Oui ! en France il est possible d’être porteurs de valeurs qui découlent d’une longue tradition spirituelle sans s’opposer à la démocratie. Les deux se complètent, s’additionnent, se renforcent.

Qui sommes nous en vérité ?
Nous sommes des Français, forts de nos valeurs, mais attachés aux débats, à la confrontation des idées, à la recherche de synthèse.
Nous sommes des Français, forts de nos valeurs, mais attachés à la règle majoritaire même si, nous n’accepterons jamais certains compromis qui touchent à la dignité de la personne humaine.
Sur bien des questions, la volonté de « rendre possible ce qui est nécessaire » nous poussera à chercher avec d’autres ce qui est le meilleur compromis.
Mais, sur d’autres questions, cette exigence de clarté nous fera refuser les compromis trop faciles. Nous serons toujours hors des alliances si elles sont incohérentes. Nous serons toujours hors des pactes s’ils doivent être des reniements. Nous serons hors des négociations s’il s’agit de points non négociables. Après tout, lorsque l’on est démocrate, ont doit aussi savoir refuser ce qui est anti-démocratique… et il est anti-démocratique de dire qu’un homme n’est pas un homme ou qu’un être humain peut être transformé en esclave, en matériau, en objet ou en variable d’ajustement économique.

Pendant longtemps, nos convictions communes étaient largement partagées : que l’on soit croyant ou non, que l’on appartienne à une tradition spirituelle ou pas, que l’on soit croyant ou pas… nous partagions tous le même socle de valeurs essentielles et l’on peut dire que, d’une certaine manière, les hussards noirs de la République partageaient la même idée de l’homme que les saints qui ont fait la France.

La donne actuelle est à la fois identique et très différente de cette réalité. Identique parce que l’attachement à des valeurs dépasse les appartenances spirituelles. Parce que le souci de défendre l’homme n’est pas la propriété d’un camp, d’une école de pensée ou d’une église. C’est d’ailleurs pourquoi le PCD n’est pas et ne sera pas un parti confessionnel.

Mais la donne est aussi très différente parce que nous sommes dans une période de grande mutation et de grande confusion. Je ne vais pas rentrer ici dans une appréciation de cette situation mais il est important d’en tirer quelques conclusions :


• lorsque les repères s’estompent, il est plus que jamais nécessaire de dire clairement les principes et la philosophie sur lesquels on se base. Il est donc de notre responsabilité de montrer que nos choix se fondent, non sur l’audimat, la recherche du plus facile ou la mode du moment mais que nous nous appuyons sur une longue tradition qui n’est pas étrangère à ce que nous sommes ;

• face aux enjeux du XXIè siècle qui sont de taille, tant sur le plan économique que scientifique ou éthique, la référence à une vision de l’homme et à des valeurs claires est à la fois une posture d’alerte et un point de ralliement. Nous devons alerter les français sur l’importance des enjeux et nous devons rassembler le plus grand nombre sur les combats à mener.

Par exemple la crise actuelle. Certains pensent qu’elle est seulement financière ou économique. Mais cela est une analyse beaucoup trop rapide. Parce que, pendant trop longtemps, nous n’avons pas voulu défendre nos convictions. Parce que nous avons cédé devant le culte de la « main invisible » ; parce que nous avons cédé devant le chacun pour soi, nous avons laissé la main à ceux qui pensent que la vie en société n’est qu’une compétition où seul le résultat compte.

Aujourd’hui, notre pays comme le monde attendent des changements profonds. Ces changements ne pourront pas découler du « laisser-faire / laisser aller ». Ils ne pourront pas découler du primat laissé à la concurrence entre les choix individuels.

Si nous croyons, si nous aimons la France, si nous croyons en l’idée d’une humanité fraternelle, si nous voulons que la liberté rythme avec la responsabilité et la justice, nous devons redonner des bases à nos propositions.

Je ne citerai que quatre exemples :

• La question européenne. Les Français ont tourné la page du rêve d’une fédération qui supprimerait les nations. Ils ne croient pas non plus que nous puissions nous limiter au blocage d’un souverainisme impossible à 27 ou à la tristesse d’une union qui ne serait qu’un grand marché.
Nous devons remettre de l’humain dans nos ambitions européennes. Nous devons remettre des valeurs et de la culture dans l’identité européenne. Et sur ce sujet, je me réjouis de remarquer l’importance de l’évolution du projet politique de l’UMP sur ces questions. Pour nous, qui avons voté Non au référendum, pour reprendre des principes maintenant repris, c’est le signe que l’on doit s’exprimer et que l’on peut faire bouger les postures.

• Sur les questions économiques et sociales. Le Président de la République joue un rôle majeur. Je me réjouis de voir que c’est la France qui impulse les réflexions les plus profondes, celles qui permettent d’aller au fond des choses. Avec le G20, avec le chantier sur le partage des profits, avec la réflexion sur les jeunes ou avec la commission qui rendra prochainement ses conclusions sur la mesure de la performance économique et du progrès social… nous sommes dans un moment charnière pour sortir des doctrines virtuelles et poser les bases d’un monde centré sur le réel et les hommes.
Soyez-en certains, le Parti Chrétien-Démocrate sera source de propositions sur l’ensemble de ces sujets.
La aussi, au fond de ces questions, se pose la question de la place de l’homme. Le PCD a vocation à être le point de ralliement de tous les humanistes audacieux et exigeants.

• Sur les questions éthiques. Je crois pouvoir dire que le FRS a longtemps fait sa spécialité de ces questions majeures. Je tiens à vous confirmer que le Parti Chrétien-Démocrate ne sera pas un parti tiède. Au contraire, nous ambitionnons d’être
le Parti au Cœur des Débats
le Parti Contre les Démissions éthiques
le Parti de la Croissance Durable
tant il est vrai qu’il n’y a pas de durabilité si l’on ne donne pas la priorité à ce qui renforce les plus fragiles et les plus petits.
J’ai eu l’occasion d’alerter l’opinion et la majorité sur la légèreté avec laquelle le statut du beau-parent me semblait avancer. J’ai noté avec satisfaction l’importance des soutiens, la bonne réceptivité de Xavier Bertrand à nos remarques et la qualité du choix de celui qui doit mener la suite de la réflexion. Jean Léonetti n’est pas un choix neutre. C’est un humaniste, membre du Parti Radical, averti de ces sujets et de ces enjeux. Il saura mener le débat avec responsabilité et… nous serons là aussi. Je suis très heureuse de le savoir à l’œuvre.
Sur la bioéthique, tous savent que nous sommes prêts, présents et actifs. J’ai vu avec satisfaction que le projet de mères porteuses provoquait des prises de paroles nouvelles. Je crois pouvoir dire que nous ne sommes pas seuls. Mais je veux surtout vous convaincre tous ici, du moins ceux qui ne le seraient pas encore…, que si nous sommes engagés, si nous sommes convaincants… nous pourrons aussi rassembler une majorité autour de nos valeurs ! Les rapprochements qui déjà se manifestent auprès de nous en sont la meilleure preuve.

• Sur la question spirituelle enfin. Il n’est pas coutumier d’aborder comme cela les débats politiques. Et pourtant, il existe bien une question spirituelle au cœur de notre pacte républicain. Prenons l’exemple de l’actualité, celui de la burqa. Dans notre société post-moderne, nous voici confrontés à un vrai paradoxe. D’un côté, l’habitude des pantalons taille basse et des strings qui dépassent, l’habitude des corps dénudés dans nos publicités… nous voilà face à des femmes cachées qui dissimulent leur regard et leur visage !

L’individualisme effréné dans lequel nous sommes aujourd’hui devrait nous laisser de marbre devant cela. La femme qui porte une burqa, ou celle qui porte un string ne me gêne pas dans ma propre volonté… laissons donc chacun faire comme il veut. Mais voilà, cet individualisme démocratique nous conduit à des extrémismes difficilement acceptables. Ces femmes qui portent la burqa sont elles libres, soumises, enfermées dans une religion opprimante ?
C’est pourquoi, je suis pleinement favorable à la création d’une commission parlementaire pour trouver les réponses à ces questions. Mais ne nous y trompons pas ! Vraisemblablement, certaines femmes vivent cette situation comme un esclavage et un emprisonnement, d’autres l’assument et le souhaitent. Certaines disent même vivre cela comme une libération. Notre société de consommation peut elle être refusée ? Certaines de ces femmes nous disent aussi ne pas être de notre monde. Dans une société de transparence, certaines font le choix de ne plus avoir corps sur la place publique. Certaines font le choix de ne donner aucun visage aux personnes qu’elles croisent.
Nous devons voir aussi que ce choix est aussi une violence et que cette violence peut être aussi en lien avec le vide qui marque encore trop souvent notre culture et notre temps.
Pourquoi cela nous choque-t-il tant ? mais parce qu’au cœur de nos valeurs résident la tradition millénaire de la théologie de l’incarnation, toute une philosophie du visage et une culture qui manifeste que la rencontre avec l’autre permet aussi d’expérimenter ce qui en l’autre nous ouvre sur l’absolu.
C’est donc une crise culturelle et spirituelle que provoque la burqa. La dimension d’ordre public dans ce choix tragique de sortir du monde et de s’exclure de l’échange humain, vient de cet héritage. Et, je vous le dis, nous ne trouverons pas de solution satisfaisante par quelques pauvres adaptations juridiques. Le Parti Chrétien-Démocrate sera présent sur ce débat, pour qu’il ait lieu en profondeur et pour qu’il débouche sur des conclusions en profondeur.

Comme vous le voyez les chantiers sont immenses. Je crois que notre appartenance à la majorité présidentielle peut nous permettre d’être un parti qui compte dans la vie politique française parce qu’il apporte sans fard son identité.

Chers amis,
Je suis heureuse de vous dire aujourd’hui que le FRS a réussi sa mutation. Vous étiez membres du parti de Christine Boutin, vous êtes maintenant cadres du Parti Chrétien-Démocrate.
Forts d’une histoire pleine de richesses, nous allons participer avec nos valeurs à la création de ce monde nouveau qui s’ouvre en ce début de 21è siécle;
Forts d’une mobilisation plus lisible, nous allons rassembler de nouveaux militants et de nouveaux élus.
Nous serons le trait d’union pour que les Français reprennent goût à l’espérance et se créent un avenir.

Je vous remercie.

 

fleche 20/06/2009 - Adresse de Christine Boutin à Xavier Bertrand, Secrétaire national de l'UMP lors du Conseil National du PCD