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Cet engouement est une belle preuve de l’affection portée par les Français à la campagne et au terroir même si depuis quelques années l’instrumentalisation des périls écologiques contribue à jeter, à tort, le trouble sur les rapports entre l’agriculture et la nature.

Pourtant, en ce début d’année 2010, nos agriculteurs souffrent.
Le secteur agricole est en effet touché par une crise qui n’épargne aucune des filières de production.
La plupart des exploitants agricoles doivent en effet faire face à une baisse sans précédent de leurs revenus (entre -20 et -50% selon les secteurs) qui impacte fortement leur niveau de vie et pèsera également sur le montant de leur retraite.
En tant que Présidente du Parti Chrétien–Démocrate et chargée de mission « justice sociale et mondialisation » auprès du Président de la République, j’ai souhaité me rendre au salon de l’agriculture pour aller à la rencontre des exploitants agricoles.
J’ai voulu comprendre avant de proposer.
• Pourquoi ceux qui nourrissent la planète ne peuvent plus vivre aujourd’hui de leur travail ?
• Pourquoi y a-t-il de moins en moins de jeunes agriculteurs à s’installer ?
• Pourquoi l’Union européenne inspire t’elle de moins en moins confiance aux exploitants agricoles français ?
Mes propositions de réponses se veulent simples et pragmatiques.
Bien entendu, ces dernières sont en cohérence avec les premières pistes évoquées dans la future Loi de Modernisation de l’Agriculture (LMA) : structuration des filières, fixation des prix, question de l’assurance – récoltes et des aléas (à condition que celle-ci ne devienne pas un outil de spéculation comme c’est déjà, hélas, parfois le cas aujourd’hui), travail saisonnier, mais n’en demeurent pas moins originales.

Premièrement, il m’apparaît indispensable de mettre fin au libéralisme exacerbé pratiqué aujourd’hui sur le marché des denrées agricoles. Je suis par exemple convaincue de la nécessité de promouvoir un nouveau système de régulation du prix de la production et des marchés laitiers, notamment au niveau européen. Pour ce faire, je propose la création, à l’échelle européenne, d’une organisation commune du lait afin de réguler le marché laitier et protéger nos producteurs contre les formes les plus brutales du libéralisme, car ce ne sont pas des subventions que nos producteurs laitiers demandent, ce sont de justes prix. C’est-à-dire la juste rétribution de leurs nombreuses heures de travail. Mais pour cela encore faut-il que s’exerce une véritable volonté politique pour changer les rapports qui existent entre les producteurs et les grandes enseignes de distribution.
Deuxièmement, il nous faut de toute urgence aider les jeunes agriculteurs à s’installer. Pour que ceux-ci s’installent, il faut que le métier d’exploitant agricole redevienne attractif et par conséquent rémunérateur. C’est la raison pour laquelle je demande que cette question de l’installation des jeunes agriculteurs soit introduite dans la Loi de Modernisation de l’Agriculture sur laquelle travaille en ce moment le Sénat. Je propose également une évolution du statut du fermage donnant plus de souplesse et une meilleur rémunération pour les mises à dispositions et ainsi créer plus d'offres pour les futures installations. Il faudra également étudier une réforme fiscale relative à la transmission des exploitations. Celle-ci pourra s’inspirer du modèle allemand qui facilite la transmission des exploitations, notamment au sein d’une même famille, favorisant par là même le développement des exploitations familiales à taille humaine.
Troisièmement, je soutiens avec force l’idée émise par le Ministre de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Pêche, Bruno Le Maire, qu’il ne doit plus y avoir de nouvelles normes imposées aux agriculteurs sans études d’impact approfondies d’une part et sans application simultanée en Europe d’autre part. Il n’est pas acceptable, en effet qu’il existe au sein même de l’Union européenne, de telles différences dans l’application des normes. En effet, compte tenu des charges supplémentaires induites par le respect des normes environnementales, de qualité et de traçabilité d’une part, mais aussi des charges sociales de plus en plus lourdes et des coûts de production en constante augmentation, il s’exerce une réelle distorsion de concurrence avec les produits étrangers, qui conduit la ferme « France » à perdre de plus en plus de sa compétitivité. J’ajoute, au moment où s’engagent les travaux de réforme de la Politique Agricole Commune (PAC), qu’il est essentiel de défendre la préférence communautaire. Car enfin comment pouvons-nous accepter de laisser entrer en Europe des produits dont les normes de production sont inférieures à celles pratiquées par nos agriculteurs et dont la traçabilité n’est pas assurée ? N’est-ce pas un risque alimentaire et sanitaire que nous faisons courir à nos concitoyens ?

Ainsi, au moment où s’ouvre, en France à travers le groupe de réflexion sur l’avenir de l’agriculture installé par Bruno Le Maire, et au sein de l’Union européenne sous l’impulsion du nouveau Commissaire, Dacian Ciolos, de larges débats sur l’avenir de l’agriculture, je voudrais rappeler ici l’impérieuse nécessité d’ouvrir largement ceux-ci pour y faire participer toutes les parties prenantes (exploitants agricoles, syndicats, grand public, ONG, contribuables…) afin que toutes les voix soient entendues et que les décisions prises ne le soient pas à minima.
Soyez en sûr, nous pouvons relever les défis de l’agriculture de demain.
Je crois, en effet, fermement en notre capacité collective à assurer un juste revenu aux agriculteurs, à réformer intelligemment la PAC, à préserver l’environnement par une écologie plus humaine, à préserver la dynamique agricole de nos campagnes si importante pour l’aménagement rural, et à favoriser l’innovation au service des produits agricoles du futur.
Nous devons faire preuve de volontarisme politique au service du million et demi d’agriculteurs mais aussi au service des 65 millions de français qui savent bien depuis plusieurs années déjà (et les crises sanitaires asiatiques et mexicaines en sont des exemples malheureux) que derrière la question agricole se cachent de grands enjeux d’avenir pour eux et leurs enfants en matière alimentaire et sanitaire. Plus que jamais il faut renouer le lien entre paysans et Nation.
Christine Boutin
Présidente du Parti Chrétien-Démocrate
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